APPEL D’AIR : SÈCHERESSE, FEUX DE BROUSSE, MAUVAISE PRATIQUE CULTURALE...Quand les ressources naturelles se raréfient dans Bakel

Un Sommet mondial à Copenhague. Des négociations passionnées. Un accord qui suscite des réactions contrastées. Le Sénégal a vécu au temps de cette importante rencontre sur les changements climatiques. A Dakar et dans les régions de l’intérieur, hommes et femmes, au quotidien, sont confrontées aux effets de la dégradation de l’écosystème. Ici, c’est l’indifférence, là, c’est un cri du coeur. « Le Soleil » vous propose une série de reportages. Suivez le guide.
SECHERESSE, FEUX DE BROUSSE, MAUVAISE PRATIQUE CULTURALE...Quand les ressources naturelles se raréfient dans le Bakel : Département situé à l’extrémité est du pays, à cheval sur le fleuve Sénégal et la Falémé, Bakel vit les effets néfastes du changement de climat. Sécheresse, feux de brousse, mauvaises pratiques culturales, influent sur la production céréalière. Bakel. Ici, les populations rurales sont fort dépendantes des ressources naturelles pour l’intégralité de leurs moyens de subsistance tirées des activités agricoles, sylvo-pastorales, piscicoles, etc. Pour le coordinateur local de l’Agence régionale de développement (Ard), Mamadou Fade, « la dégradation des ressources naturelles qui s’accélère de plus en plus, sous l’effet combiné de la sécheresse, de la croissance démographique et des pratiques d’exploitation inadaptées, enfonce, chaque jour davantage, les populations dans la pauvreté ». La conséquence est qu’une importante frange de la population rurale est condamnée à l’exode. « La baisse de la fertilité des terres entraîne la migration ou le départ des exploitants. Ceux-ci s’installent dans une autre zone provoquant ainsi une augmentation de la population et par conséquent, l’accélération d’un autre cycle de dégradation », explique Mamadou Fade. A son avis, la réduction de la dégradation des ressources naturelles est « un enjeu vital, immédiat et bien réel, une priorité de lutte contre la pauvreté ». Pour les populations en général, les populations rurales en particulier, « il s’agit d’une question de survie », fait remarquer M. Fade. En parcourant ce vaste département, on se rend compte de l’état de dégradation des ressources naturelles avec son corollaire : le manque de fertilité des sols. Les témoignages des techniciens sont corroborés par les paysans.
Effets combinés
Les effets de l’érosion sont partout visibles avec un paysage qui épouse les contours de champ d’essai d’explosifs. La diminution des terres exploitables aussi comme du moins celle du couvert végétal. La flore comme la faune ont presque disparues. Le manque d’eau est passé par là. Elle est même devenue la denrée rare. Les marigots, mares, étangs s’assèchent. Selon M. Fade, les actions anthropiques et naturelles ont fini par exacerber et modeler l’espace. Il s’agit notamment de la destruction du couvert végétal et de l’utilisation de techniques culturales peu soucieuses de la gestion des ressources naturelles. Ce qui prédispose les sols à l’érosion et favorise la désertification. M fade a aussi cité les feux de brousse, le déboisement pour le bois de chauffe ou de charbon de bois, les pratiques d’agriculture extensive ou itinérante, l’absence ou l’insuffisance de fumure animale, le surpâturage, la monoculture et la faible pluviométrie. Il y a aussi, ajoute M. Fade, la croissance démographique, le braconnage, la pauvreté, la migration et enfin la faiblesse des alternatives à l’activité agricole et pastorale.
Pauvreté, la grande conséquence
Cette situation enfonce, chaque jour davantage les populations dans la pauvreté. Du coup, l’exode est devenu la chose la plus partagée dans cette zone. « Dans l’impossibilité de vivre sur place, une frange importante de la population rurale est condamnée à l’exode. Mais elle trouve rarement dans cet exode une solution durable à leurs difficultés », note Mamadou Fade, qui rappelle que les conséquences de la dégradation de ressources naturelles sont la famine, les maladies et la dépendance à l’aide.
Gestion communautaire dans le Boundou
La réserve naturelle communautaire du Boundou, qui vient de naître, met l’accent sur la gestion communautaire des ressources naturelles la protection du milieu et le développement local. Zone de chasse de 2000 à 2007 de Koussan de l’amodiataire Baba Sada Sow sur une espace 120.000 ha au Sud-Est des départements de Bakel et Goudiry, est en train de subir une reconversion. Face au lourd tribut dû au braconnage et à l’exploitation abusive des ressources naturelles, l’ancien amodiataire Baba Sada Sow a décidé, de concert avec le Conseil régional de Tambacounda et le Conseil général de l’Isère, de mettre en branle la coopération franco-sénégalaise pour une meilleure gestion des ressources, la protection de la faune à travers la lutte contre les feux de brousse, l’érosion, les méfaits de la transhumance notamment les coupes abusives des arbres dans les rôneraies, la création d’activités économiques. Pour le président du Groupement d’intérêt communautaire du département de Tambacounda, Baganda Sakho, cette réserve naturelle sera gérée par les populations locales des 4 Communautés rurales de Tamboura, Dougué Sinthou, Fissa et Koussan. Cela à travers l’organisation des comités (inter)villageois, des éco-gardes issus de chaque village qui vont accompagner l’écotourisme. Aujourd’hui, le touriste sera émerveillé au cours de ses visites et randonnées par les collines de Toumboura, les passages des animaux allant dans les différentes mares qui seront aménagées et la Falémé. Les attractions restent les lions, les hippopotames, les différents ongulés qui côtoient les primates qui assurent les spectacles.
Action participative à Ngourane
Ngouronne dans la Communauté rurale de Gabou à 22 km au sud-ouest de Bakel. L’état de la piste de 15 km montre qu’elle n’est pas praticable après une pluie. Ngouronne vient du mot « pulaar » Gouré qui veut dire village. La zone de Ngouronne est constituée de 9 villages et un hameau pour une population totale de 1.500 habitants environ. La localité s’est dotée d’un cadre de concertation qui se fixe comme objectif l’animation et la concertation entre les villages où l’agriculture pluviale et l’élevage sont les principales activités économiques. Certes, la moyenne pluviométrique annuelle est de 500 mm, la zone compte de grands marigots qui drainent d’importants volumes d’eaux vers le fleuve Sénégal. Ici, l’association des migrants vient d’apporter son appui à travers le financement des ouvrages communautaires.
Le refus de la fatalité
Malgré la situation désastreuse, les populations de la localité refusent toute fatalité. Elles prennent à bras le corps leur destin, afin de léguer aux générations futures un cadre de vie agréable. Au village de Tourimé situé à 7 km de Bakel, on se rappelle encore des déplacements des éléphants qui fuyaient les zones humides du sud, vers le Niokolo Koba, la Zone d’intérêt cynégétique, pour la venir se réfugier dans le Matam. Tourimé est une localité qui tire son nom de cet animal. Ici, les populations autochtones se sont résolument tournées vers la diversification des sources de revenus pour faire face aux affres du changement climatique. Cela, à travers la diversification des cultures, particulièrement la pratique du maraîchage de contre saison. Une activité qui mobilise surtout les femmes et les jeunes. Partout des périmètres irrigués et des cultures fruitières font légion sous l’égide des projets et programmes de développement. L’embouche bovine et ovine est également développée. Coté innovation agricole, les populations ont fait le choix des variétés à cycle court et l’arboriculture se développe petit à petit.
La présidente des Groupements des femmes, Diané Kanté ne manque pas cependant de soulever les contraintes liées à l’insuffisance de la pluviométrie et l’absence de capacité de maîtrise des eaux de ruissellement, mais aussi la disparition des cours d’eau. S’y ajoutent la fréquence des criquets et parasites, le manque d’équipements de production, de conservation et de stockage. Quant aux jeunes, ils indexent la coupe de bois. Heureusement que l’apport des émigrés est important. Selon les villages et les familles, le taux de soutien varie entre 25 et 60 % des budgets des ménages, expliquent les populations.
Par Pape Demba SIDIBE, Le Soleil.
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