BAKEL : A la découverte d'une destination historique en désuétude
Le simple visiteur qui s’aventurerait à mette les pieds pour une quelconque découverte de ce qui faisait la fierté des populations de Bakel, est tout simplement déchu et choqué de cette localité au patrimoine historique en désuétude. Parmi celles-ci, on peut citer le Fort de Faidherbe, le pavillon René Caillé, les collines utilisées par les militaires et les tours de contrôle. Trônant au faîte de ses multiples collines, Bakel est une ville située à l’extrême Est du Sénégal, il est le chef lieu d’un département de plus 24 000 km et plus de 148 000 habitants. Cette localité jouit grâce à ses frontières avec la Mauritanie et le Mali d’une ouverture géographique riche d’apports sociologiques divers et féconds. Bakel et son département sont les produits d’une longue histoire vieille de plusieurs siècles. Ayant d’abord appartenu au célèbre empire du Ghana, Bakel fût ensuite envahi et occupé pendant quelques temps par les Malinkés dans leur progression vers le Sud-Est en direction de la Casamance. Lorsque ceux-ci reprirent leur migration, la ville fût abandonnée jusqu’au jour ou des Soninkés et des Bambaras l’occupèrent de nouveau. Est-ce de cette époque que date le penchant atavique des populations de Bakel pour l’émigration ? Toujours est-il qu’à partir de 1620, toute la zone de Bakel tomba sous la dépendance du pouvoir militaro religieux des Almamys du Boundou, appartenant à l’ethnie toucouleur (dénommée aujourd’hui pulaar) dont l’autorité s’étendait jusqu’en Mauritanie et au Mali. Mais Bakel passa aux mains des colonisateurs français en 1819, qui y installèrent une garnison après avoir signé un traité de paix avec le seigneur local. Les multiples collines qui font l’originalité physique de Bakel furent vite utilisées par les militaires Français pour édifier des places fortes, dans leur politique coloniale d’organisation et de protection du commerce fluvial. Ainsi fut construit en 1847 le célèbre fort Faidherbe, équipé de canonnière. Deuxième ville du Sénégal à une époque, Bakel a été aussi l’un des trois cercles avec Gorée, St Louis du découpage administratif colonial du Sénégal. Il tient une place importante dans l’histoire du pays qui mérite d’être mieux connue du public. Tout cet héritage fait de Bakel, une vraie destination du tourisme historique et culturel. Si vous avez la chance d’y venir, visitez donc le fort Faidherbe qui abrite aujourd’hui la préfecture. Il a perdu son image. Seul ses canons sont pointés vers le fleuve et la vieille ville
FORT DE FAIDHERBE DANS UN ETAT LAMENTABLE
Le Fort de Faidherbe à Bakel abritant le logement du prefet est dans une situation lamentable. Il faut vraiment faire un tour vers ce fort qui faisait la fierté des populations pour constater le sinistre qui régne là -bas. Vieille batisse de 150 ans, l'édifice est érigé sur une colline surplombant la ville. Les lieux ont servi de résidence et d'anciens administrateurs coloniaux dont Faidherbe en 1850. Les derniéres réparations faites par les pouvoirs publics remontent à l'occasion des journées culturelles de Bakel, rappelle-t-on. A certains endroits du bâtiment, notamment au niveau de la partie en banco, on remarque la peinture défraîchie des mûrs qui par endroits sont fissurés du fait de l'humidité de la forte chaleur ambiante. Les portes et fênetres sont dans un état de délabrement total tel que certaines d'entre elles, ne peuvent plus se fermer, rendant ainsi précaire la sécurité des lieux. Démarrés en 1816, les travaux de construction du fort de Faidherbe ont été achevés deux ans plus tard, en 1818. Pour rappel, le toit d'un des batiments s'était affaisé en août 2003 suites aux fortes précipations qui s'étaient abattues dans le département faisant d'importants dégats dans différents endroits de la ville. Pour éviter une catastrophe synonyme du bateau le diola, il urge pour les autorités compétentes de réagir.Â

LE PAVILLON RENE CAILLE : L'AUTRE SITE EN DESUETUDE
Le pavillon historique qui mérite d’être restauré d’ou le célèbre explorateur René Caillé partit pour la ville légendaire de Tombouctou ou il fût le premier blanc à entrer et à en sortir, le 20 avril 1828. Aujourd'hui, ce sont des murs délabrés, portes et fenêtres enlevées, permettant au soleil de darder ses rayons de feu sur un sol jonché d'ordures que nous avons visité dimanche aux environs de 12 heures. Le pavillon "René Caillé" perché sur les hauteurs de la ville de Bakel est assurément en état de décrépitude avancée. A l'image de ce site qui faisait la fierté de nombreux Bakélois, le patrimoine historique de la ville est en grande partie vieux et demande à être réhabilité. La derniére fois que les monuments ont reçu une cure de jouvence, c'était en 1987. Bakel accueillait alors ses premiéres journées culturelles. Depuis plus rien. Et pourtant, les sites pouvaient beaucoup rapporter à la commune dans le cadre d'une politique touristique. En collaboration avec l'amicale des moniteurs de collectivités éducatives, la mairie avait pris quelques initiatives, en transformant notamment le pavillon René Caillé en un Centre de Lecture et d'Animation Culturelle (Clac). Faute de lecteurs, l'expérience a tourné court et la bibliothéque a fermé ses fermes, raconte un ancien conseiller municipal que nous avons rencontré. En 1999, un Comité Départemental de Développement (CDD) a par la suite tenté de restaurer les lieux pour ensuite réglementer son occupation, mais par manque de moyens il range son projet dans les tiroirs, abandonnant le pavillon "René Caillé" à l'usure des temps et aux enfants pour leurs jeux de cache-cache et autre satisfaction de besoin (WC). Autre curiosité historique de Bakel en souffrance, les tours de contrôles situées au sud de la ville attendent d'être reluquées. Dans le passé, c'est de là qu'on surveillait les évolutions de l'étranger s'approchant de Bakel, une ville frontaliére de la Mauritanie et du Mali. Aujourd'hui, en lieu et place des milices de surveillance, ce sont des... singes qui escaladent les tours pour aller s'abreuver au fleuve tout proche, raconte un vieux Bakélois. Non loin de là , se trouve le cimetiére oû reposent d'anciens officiers Français.
Gardien d’un patrimoine historique et culturel franco-sénégalais, Bakel de par ses multiples occupations, a donc tiré une histoire riche et variée. La population du département, en outre des Soninkés les plus nombreux, comprend des Pulaars, des Bambaras, des Malinkés, mais aussi des Wolofs, qui seraient les vrais fondateurs de la ville (par une famille Ndiaye, venue du Nord, Faidherbe était appelé familièrement : Faidherbe Ndiaye par les populations de Saint Louis). Ainsi, le mot Bakel aurait une origine Wolof, , signifiant : battre les tam-tams, signe prémonitoire du destin culturel exceptionnel de Bakel.
Par Ousseynou Diallo / Tambacounda.info /
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