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Les cultures de décrue ou " Folo " dans la région Soninke du Gajaaga
Décembre, le mois des cultures de Folo
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  Pendant la saison de pluies, le fleuve Sénégal sort de son lit et vient caresser les murs des maisons côtières du Gajaaga. C'est la période de crue. La crue est le fait qu'un cours d'eau déborde de son lit, après de fortes pluies, une fracture terrestre en profondeur qui libère des nappes phréatiques. L'eau devient trouble et abondant. Il ressemble à du café au lait. Hommes et femmes délaissent le fleuve dans lequel défilent animaux sauvages et troncs d’arbre. On interdit aux enfants d'aller se baigner au fleuve. Seuls quelques amoureux de la pêche sillonnent quelques differents coins du fleuve. Armés de cannes à pêche et de vers de terre, les pêcheurs envahissent les endroits poissonneux du fleuve à la recherche de Tilapia, Kerlegne, Seeba, Xooxa, Bapore... Le coin le plus prisé des pêcheurs Bakélois se situait aux encablures de la préfecture de Bakel. L'endroit fait peur. Il est formé de grottes et de grands arbres. Ce lieu de pêche se trouvait à quelques mètres de l'embarcadère de Bakel ( Bologanxore ) qui accueillait toutes les pirogues des villages environnants. On interdisait formellement aux jeunes et aux étrangers de fréquenter ce coin du Fleuve Sénégal à Bakel. D'ailleurs j'ai toujours entendu parler que le fleuve Sénégal ne voulait pas les étrangers. Plusieurs maliens qui venaient travailler à Bakel y ont laissé leur vie. Certains vacanciers ont été aussi victimes de noyades. Dans certains villages Soninke, les jeunes filles n'ont plus besoin de faire des centaines de mètres pour faire la vaisselle ou le linge. Elles ont le fleuve à quelques dizaines de mètres de leurs maisons. La période de crue dure deux à trois mois selon l'abondance des pluies. Les grands étangs du Gajaaga rejoignent très souvent le fleuve. Des embouchures prennent forme dans certains villages. L'embouchure d'un cours d'eau est le lieu où il se déverse dans la mer ou dans un lac ses eaux et sa charge solide. Dés Septembre, le niveau des eaux baisse considérablement.

 

Les lopins de terre entre les maisons et le fleuve deviennent un amas de boue. L'accès au fleuve devient pénible. C’est la décrue. Cette période est particulièrement importante pour les cultivateurs. Les terres longuement humidifiées par le Fleuve Sénégal deviennent des endroits propices pour faire pousser n'importe quelle variété de céréales, de tubercules et de légumes. A Bakel, les terres cultivables sont appelées " Folo " ou " Dunde". Chaque famille a son lopin de terre. Les familles situées en zone côtière ont toujours leur "gaale" (exploitation agricole ) à quelques mètres de leurs maisons tandis que les autres familles investissaient les ilôts situés entre Bakel et la ville mauritanienne de Gouraye. Les cultivateurs s'y rendent à pirogue. Parfois, les familles les plus nanties achètent  leurs propres pirogues tandis que les autres moins riches louent les leurs. Généralement, les pêcheurs Somonos de Bakel mettent aussi leurs pirogues à la disposition des familles avec lesquelles elles entretiennent des relations amicales.


Le premier jour de " Folo " est particulièrement pénible. Les plus grands pagaient pendant que les plus jeunes vident la pirogue des eaux passées par les differents trous. Armés de hâches, de coupes-coupes, les jeunes attaquent les arbres et arbustes ainsi que les mauvaises herbes qui ont envahis les terres. C'est la période de " Diatiande ". Le "Diatiande" consiste à défricher les surfaces cultivables. Cette activité peut durer une semaine. Elle dépend surtout de la grandeur du champ. Elle comporte des risques énormes. En plus des accidents de travail, les jeunes sont confrontés à une autre menace et non des moindres. Il s'agit des Boas d'Afrique ( Gros serpents prédateurs qui vivent d'animaux et de personnes). Ces serpents vivent principalement dans les hautes herbes. Les jeunes sont souvent victimes de morsures. Il arrive que ces boas avalent aussi de jeunes gens mais ce cas est très rare. Pendant ce temps, les vieux et les enfants restés à la maison choisissent les bonnes graines de maïs et de haricot. Leur travail consiste à trier et à enlever les graines abimées. Ils sont aussi investis de la mission de choisir le bon " Topaade ". Cet instrument est un long pilon avec une extrémité pointue. Il sert à faire des trous sur les terres humides. Dés que l'on finit de défricher et d'enlever les mauvaises herbes, jeunes et vieux commencent la semence. Les uns font des trous à l'aide de " Dopaade ", les autres mettent les graines de maïs et de haricots et les plus petits bouchent les trous avec du sable. Cette opération est appelée le « Dopande ». Le sable utilisé s'appelle " Bexxe". Pour avoir ce " Bexxe " les jeunes creusent un grand trou dans lequel ils prélèvent la partie fine et humide. On répète ces mêmes activités pendant des jours sous la haute surveillance des vieux.

Dés que les germes deviennent visibles, on déclenche le labourage. Il est aussi pénible que le défrichage. Les jeunes enlèvent les mauvaises herbes pour donner de l’air aux petites tiges de maïs. Le labourage se fait en deux voire trois phases. Après la première phase de labourage, les vieux plantent des tomates, des aubergines et des piments. Parfois, ils plantent des melons et des citrouilles. Les jeunes quant à eux s’occupent de la tâche la plus hardue. Il s’agit de la plantation de patates. La patate est la tubercule la plus cultivée chez les Soninkes du Gajaaga. Certains villages sont devenus célèbres grâce à leur production de patates. Dans le Gajaaga, les villages de Tuabou et de Aroundou sont les plus grands cultivateurs de patates. La plantation de la patate n’est pas une activité anodine. Il faut bien choisir au préalable les tiges de patates. Ces dernières ne doivent souffrir d’aucune anomalie. Les jeunes s’occuperont de les planter dans les endroits les plus humides du champ. Ils creusent d’abord de grands trous circulaires pour atteindre le sable fin et humide. Ils placent quatre ou cinq tiges dans chaque trou et les ferment avec du sable en laissant sortir les bouts des tiges.

 

 



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