La Saison des pluies ( Xaaxo ) chez les Soninkes 3ème partie : Le Fateeye
Dans les villages Soninkés, la saison des pluies est une succession d'étapes. Chaque étape à une importance capitale pour les cultivateurs. La bonne éxécution de ces differentes étapes garantie une bonne récolte. Pendant le Tangande, les jeunes sont investis de la mission de surveillance des épis de mil. Ces épis de mil doivent rester intacts depuis leur éclosion jusqu'à leur maturité. Cette bataille entre jeunes et oiseaux ou autres animaux dure des semaines avec une ribambelle de faits divers. Une fois que les épis de mil arrivent à maturité, une autre étape décisive se profile à l'horizon. Il s'agit du Fateeye ou Fatande. Le Fateeye consiste à séparer l'épis de mil du tige. A Bakel, le Fateeye est toujours déclenché par les vieux. En général, il s'impose dès que les graines de mil commencent à tomber au moindre coup de vent. Les vieux choisissent alors une date et informe la famille. Tout le monde est concerné par cette opération . Chacun a un rôle capital à jouer durant cette période.
Le Fateeye est toujours précédé du Danmpunde. Il consiste à faire tomber les tiges de mil et à constituer de petites rangées. Le Danmpunde peut avoir lieu le jour précédent le Fateeye ou le jour J meme. Tout dépend de l’organisation mise en place et de l’immensité du champ. Le Fatande (Fateeye ) peut durer deux à trois jours voire plus. Généralement, il mobilise tout le quartier ou le village entier. Souvent, les parents des villages environnants viennent aussi donner un coup de main. Le matin, armés de couteaux, de cutters, de bassines, de bols et de sacs de riz vides, les villageois prennent d’assaut les champs. Dès leur arrivée, ils s’organisent en petits groupes. Chaque groupe est composé de coupeurs, de collecteurs et de ramasseurs
Les premiers coupent les épis de mil tandis que les seconds les récupèrent et les mettent dans des bols ou bassines portes par les ramasseurs. Ces derniers aménagent aussi des emplacements le long du champ où ils regrouperont les épis de mil. On chante, on danse et on s’encourage. On mange de la canne à sucre pour reprendre des forces. Les jeunes ont la corvée la plus difficile. Ils peuvent faire des centaines d’aller-retours entre les rangées et les emplacements aménagés pour les épis de mil. Pendant ces aller-retours, ils savourent aussi une canne à sucre volée ou offerte. Dans le groupe des coupeurs, l’ambiance règne très souvent. Les uns racontent leurs dernières conquêtes feminines tandis que d’autres draguent les jeunes filles du groupe. Ils discutent aussi de Football, de politique, d’immigration... Ils essaient toujours de joindre l’utile a l’agréable. Vers quatorze heures, on marque une pause. Tout le monde se réunit au Daaxa ( abri ) pour se reposer. On continue les discussions, les confidences et les anécdotes tout en jouant au damier, aux " 3 pions " et à d’autres jeux. Les vieux quant à eux allument leur pour écouter les informations de la journée. Parfois, sans faire exprès, ils captent des chaînes musicales diffusant quelques tubes en vogue. Les jeunes gens esquissent dès fois quelques pas de danse pour détendre l’atmosphère.

Durant la pause, la faim se fait également sentir . Certains plus gourmands que d’autres regardent entre les arbres et les hautes herbes pour apercevoir le groupe des femmes devant amener le Riz au poisson ou le Maafe. On se moque de leurs regards affamés. Les uns essaient de dormir pour oublier leur faim tandis que d’autres plus resistants prefèrent aller prendre un bain au marigot. Généralement, ils croisent sur le chemin les porteurs de bols de riz. C’est la joie. Les visages se rafermissent. Ils se rafraîchissent quelques minutes puis regagnent le Daaxa.
Dès l’arrivée des femmes, les jeunes filles partagent le menu du jour entre les differents bols sous l’œil vigilant des dames. Les bols sont repartis par tranche d’âge. On se régale et on reprend des forces. Les plus jeunes font du thé juste apres le repas. Chacun sirote ses trois normes de Ataaya (Thé) puis on ordonne à tout le monde d'aller faire ses quatres rakkas (Prière). La récréation est terminée. Quelques minutes plutard, le Fatande redevient la principale préoccupation. On répète les memes actions jusqu'au soir. A l'approche du coucher du soleil, tout le monde cesse le travail. C'est l'heure de rentrer a la maison. On range les couteaux, les bols , les bassines et les sacs de riz et chacun devient libre de ces mouvements. Les plus jeunes accompagnés de quelques grands frères investissent la forêt à la recherche de fruits sauvages. La periode de Faatande coincide souvent avec la maturité des fruits sauvages. Ils prennent d’assaut les arbres fruitiers (Fa, Sexene, Kiide) et certains plantes aquatiques comestibles telles que les nenuphars… Chacun essaie de collecter le maximun de fruits sauvages pour sa mère, ses amis, ses copines ou pour son petit commerce. Ces differentes opérations du premier jour se répètent pendant un à trois jours voire une semaine. Ainsi se passe le Fatande dans les villages Soninkes du Gajaaga.
Par Samba Fodé KOITA ( EYO ) www.bakelinfo.com
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